Le Suraigu au saxophone
Quelques réflexions sur le suraigu au saxophone
La tessiture du saxophone est relativement limitée, si on la compare à celles de la flûte ou de la clarinette. Heureusement, ce handicap est compensé par une large famille d'instruments assez facilement compatibles et maîtrisables, et par le fait qu'il est assez aisé, et désormais courant, d'allonger sa tessiture vers l'aigu.
Mais pourquoi travailler le registre suraigu ? Au départ, cela répond souvent à une nécessité : la pièce que l'on étudie en comporte et il faut bien aborder le sujet ...
Quelques doigtés donnés par le professeur, des essais divers, des exercices divers proposés dans des cahiers d'étude ou de gammes donnent les premiers points d'accès.
A titre personnel, je n'ai jamais rencontré de grosses difficultés dans ce domaine. J'ai assez rapidement développé la souplesse d'embouchure nécessaire pour passer d'un registre à l'autre : ensuite c'est venu peu à peu .
Les notes Sol - sol#- la(3) , sont les plus simples en général, parfois plus faciles même que l'aigu Fa-Fa#.
Puis le registre comprenant Si b-Si-do(4) , et même do#-ré-ré#(4).
Ensuite, les étapes sont plus resserrées : mi-fa(4) ; fa#-sol ; sol#-la ... parfois un peu plus longues à maîtriser : il faut contrôler les résonateurs buccaux, choisir et mémoriser les doigtés adéquats, amincir le support de la lèvre inférieure, enchaîner aux autres registres sans trop d'incidence sur le timbre ...
Plus récemment, j'ai développé un travail plus extrême qui me permet d'atteindre le sib-si-do(5) ... et plus par jours de beau temps. Ici, mon choix de matériel a probablement une incidence : un bec assez ouvert (type Selmer 180 D), une anche moyenne (type Vandoren 3).
Mais qu'en est-il de la pédagogie de cette technique ?
Hélas, je crains qu'il n'existe pas de technique d'apprentissage universelle ... les pistes sont diverses et chaque élève doit trouver le bon point d'entrée ... pour lui ...
C'est très différent d'une personne à l'autre. La plupart des élèves parviennent à émettre le premier registre sans difficulté même en fin de 1° Cycle. Inutile de parler thérapie quand tout fonctionne.
Pour ceux qui n'y arrivent pas, je recommande de prendre plus de bec et de travailler
le registre extrême grave de l'instrument dans une nuance fff. Les extrêmes de tessiture se rejoignent de façon étonnante ... dans leurs implications techniques en tout cas ...
Je fais aussi souvent travailler les harmoniques naturels sur un sib grave par exemple. Cela permet de prendre conscience du rôle prépondérant des résonateurs par rapport aux doigtés.
Pour donner un exemple, je tiens parfois un si suraigu tout en jouant une gamme chromatique : il faut chercher à garder la note stable malgré le changement de doigtés ...
J'ai publié un cahier permettant de travailler toutes les techniques contemporaines de base (Techniques du saxophone, éditions Cerbère). Exemples de doigtés, exercices de base. L'essentiel est là pour débuter. Mais de nombreux ouvrages existent, qui permettent de s'approprier le registre suraigu. Le premier a certainement été celui de Sigurd Rascher : Top Tones for the saxophone (1941).
Comment expliquer le phénomène acoustique qui permet cette technique au saxophone ?
C'est vraiment assez simple : le principe consiste à se balader sur les différents harmoniques de sons fondamentaux graves.
On commence avec le tube entièrement fermé, donc généralement sur un Sib(1) et on "sélectionne" des harmoniques successives : la 12ème Fa(2) apparaît en premier, mais on peut redescendre sur l'octave sib(2). En augmentant la vitesse d'air et en rétrécissant légèrement les résonateurs, le sib (3) apparaît, puis Ré(3), Fa(3), Lab(3)
... et ainsi de suite. Eviter de serrer l'embouchure : c'est douloureux pour la lèvre et ce moyen impliquera nécessairement une limite vers l'aigu ... lorsqu'il ne sera plus possible d'écraser ...
On peut recommencer le même exercice sur d'autres notes fondamentales, en suivant le même parcours transposé d'1/2 ton (sur si), d'un ton (do) etc ... Mais plus on s'éloigne du Sib grave (donc du tube complètement fermé), plus la série des "overtones" s'éloigne des rapports harmoniques précis (disons des multiples entiers de la fréquence de base).
Du coup, les doigtés efficaces dans le suraigu sont rarement analysables dans une théorie harmonique pure, et doivent donc "composer" avec l'inharmonicité du tube du saxophone ...
En tout cas, une chose est certaine : dès le second registre des suraigus, le doigté compte peu pour l'émission des sons ... ici, comme c'est le cas pour les cuivres, si le musicien ne pré-entend pas ce qu'il souhaite jouer, il ne risque pas de tomber dessus par le simple hasard du choix d'un doigté !!